Tribune contre la proposition de loi relative au droit à l’aide à mourir

           L’association Pour une Médecine Engagée Unie et Féministe se positionne contre la proposition de loi relative au droit à l’aide à mourir. Depuis un an, notre pays est traversé par le débat sur la légalisation du suicide assisté et de l’euthanasie.

Beaucoup de personnes se positionnant pour cette proposition de loi semblent penser la souffrance à la place des personnes concernées, partant de leurs propres projections sur le corps des autres ou sur ce qu’iels imaginent ressentir plus tard. Pendant ce temps, les associations anti-validistes sont ignorées par le gouvernement et les partis politiques, y compris de gauche. Leur positionnement contre cette proposition de loi est même instrumentalisé par l’extrême droite et les réactionnaires de tous bords.

Comment accepter que ce débat ait lieu dans le système de santé actuel qui s’effondre sous nos yeux ces dernières années ? Comment proposer de mourir dignement lorsque vivre dignement n’est pas accessible à toustes ? Les soins palliatifs sont insuffisamment accessibles et mal appliqués, la plupart des soignant·es n’y sont pas formés. Les soins de santé mentale sont très peu accessibles. Les délais pour accéder à un centre anti-douleur sont de plusieurs mois. L’hôpital en général maintient un fonctionnement minimal uniquement grâce à la volonté et au sacrifice d’un personnel à bout de souffle.

La majorité des personnes souhaitant mourir renoncent à cette demande lorsqu’elles accèdent aux soins palliatifs (commission des affaires sociales, 2023). Les professionnel·les de soins palliatifs sont d’ailleurs majoritairement opposés à cette loi. Pourquoi ne pas reconnaître leur expertise et écouter leurs arguments ? La proposition de loi ne comporte aucune obligation de proposition active des soins palliatifs, le médecin doit seulement informer la personne que des soins palliatifs existent, et s’assurer de son accès à ces soins —seulement si la personne le souhaite. La priorité n’est pas donnée à l’accès aux soins pour celles et ceux qui pourraient changer d’avis, elle est donnée à la capacité de décider vite, avant de ne plus pouvoir.

Dans tout cela, il est beaucoup question du regard de la société sur les personnes malades et handicapées. Sous couvert de dignité, il s’agit en fait de dire qu’il existerait des vies qui valent moins la peine d’être vécues.

Dans une société individualiste, capitaliste, où la productivité nous est imposée comme priorité, comment imaginer qu’un tel débat puisse avoir lieu sereinement ? Quel cynisme d’autoriser l’aide à mourir, au lieu de financer l’hôpital public, les soins de proximité, les soins de support, les soins de santé mentale, et d’une manière générale des services publics à la hauteur des besoins de la population afin de pouvoir assurer à toustes des conditions de vie décente.

Nous souhaitons oeuvrer à la construction d’une société où chaque personne a accès à un logement adapté à ses besoins, peut se nourrir et vivre dignement, peut facilement, sans discrimination et gratuitement bénéficier de tous les soins de santé qui lui sont nécessaires. Une fois celle-ci advenue, alors seulement nous pourrons nous permettre d’éventuellement légiférer sur la possibilité d’une aide à mourir.

 

D’ici là, nous, professionnel·les de santé de l’association Pour une Médecine Engagée Unie et Féministe, nous positionnons contre la proposition de loi relative au droit à l’aide à mourir.

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