Soutien agente Hôpital E.Herriot (Lyon)

Nous avons appris avec colère qu’une salariée du service de réanimation de l’hôpital Edouard Herriot de Lyon a été insultée et agressée par une partie de ses collègues après avoir signalé la circulation d’un questionnaire inapproprié au sein de son service.

Nous, membre de l’association Pour une M.E.U.F, tenons à apporter notre soutien à l’agente qui a courageusement lancé l’alerte à propos de ce questionnaire et de l’ambiance de travail toxique qui dégrade les conditions de travail dans ce service de réanimation. 
 
Ce questionnaire sur les pratiques sexuelles des soignant·es de ce service, affiché dans des salles de garde, a été décrit comme « une petite blague » par son auteur. Mais la présence de ce questionnaire et celle d’un pénis en plâtre que les salarié·es de ce même service étaient incité·es à signer ne sont ni anodines, ni des faits isolés, et doivent être replacées dans leur contexte. 
 
Dans les milieux professionnels du soin, les violences entre professionnel·les et/ou étudiant·es sont systémiques. Elles n’épargnent aucun milieu ni aucune profession : médecins, sages-femmes, infirmier·es, kinésithérapeutes, aides-soignant·es, etc. Elles prennent des formes diverses : harcèlement moral et sexuel, violences psychologiques ou physiques, agressions, discriminations… Ces violences touchent particulièrement les personnes minorisées (femmes, personnes LGBTQ+, personnes racisées, etc.).
Ce questionnaire et ce pénis en plâtre, en niant les frontières entre sphère professionnelle et personnelle, en imposant « l’humour » d’un petit groupe à tout un service, participent à ces violences en créant un environnement hostile pour les salarié·es qui ne souhaitent pas y participer. 
 
Un membre du service de réanimation de l’hôpital Edouard Herriot a justifié dans un courrier ces « blagues » par le besoin « que certains soufflent » face à la « souffrance humaine » qu’ils affrontent quotidiennement. Ce sont les mêmes arguments qui sont utilisés pour défendre la présence de fresques sexistes à caractère sexuel dans les salles de garde de certains hôpitaux, dont le retrait a été demandé par une instruction ministérielle en janvier 2023. Nous dénonçons cette rhétorique bien connue de l’humour carabin qui ne fait rire qu’un petit nombre et qui serait nécessaire à certains pour faire face aux difficultés de leur métier : elle nie leurs violences, au mépris du respect et du bien-être des autres membres des équipes soignantes. 
Loin d’être des blagues, ces actes sont bel et bien des violences, qui s’inscrivent dans le continuum de toutes les autres violences qui ont court dans le milieu du soin et participent à les banaliser. 
 
Les victimes ont peur de parler et de ne pas être prises au sérieux. L’omerta qui règne dans le milieu, alimentée par la peur des représailles, doit cesser. Nous demandons à ce que les violences en milieu professionnel et/ou estudiantin soient reconnues afin de briser la loi du silence. 
Le syndicat FA-FPH a révélé que lorsque la direction de l’hôpital a exigé le retrait de ce questionnaire, la salariée qui avait lancé l’alerte a été insultée sur les réseaux sociaux et agressée par certains de ses collègues, motivant une mise en arrêt de travail. Elle se dit « très angoissée à l’idée de reprendre le travail ». 
Ces violences ont des conséquences néfastes sur la santé des victimes (syndrome de stress post-traumatique, anxiété, dépression…) et également sur les carrières (arrêts de travail, abandons d’études suite à des violences subies, écartement de certains postes…). 
 
Nous pensons que les violences entre professionnel·les/étudiant·es s’inscrivent dans un spectre avec les violences faites aux patient·es. Un changement de culture global est nécessaire pour les faire cesser. Les professionnel·les du soin doivent être formé·es à détecter les violences et surtout à ne plus les reproduire. 
 
 
Les auteur·es des violences doivent être sanctionné·es, que ce soit au niveau disciplinaire ou pénal, afin de casser le cycle de la violence. Les sanctions doivent être accompagnées de mesures de protection des victimes (changement de service, aide…). Nous réclamons un meilleur accompagnement des victimes en appelant à créer des cellules de prise en charge pluridisciplinaire au sein des établissements de soin et des établissements d’enseignement (accompagnement psychologique, juridique et social),  dont les membres ne doivent pas juste être des professionnel.les non formé.es de l’établissement.
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